Au
lendemain du 35éme anniversaire de l’élection de François Mitterrand, certains
militants socialistes ont pu recevoir à domicile un communiqué de Nicole Bricq.
Ancienne ministre du Commerce extérieur
et actuellement sénatrice socialiste de Seine et Marne, Nicole Bricq est celle qui devra
défendre la loi Travail au Sénat.
Cette loi s’inscrit dans une
démarche de fléxisécurité à la française
qui divise actuellement profondément la gauche. Mme la Sénatrice s’est déjà
adressée aux Jeunes Socialistes lors du Conseil National du 16 avril 2016. Son
communiqué a ainsi pour objectif de clarifier les finalités de cette loi. Nous
avons donc décidé d’en décortiquer le contenu. Il s’articule en deux parties
visant dans un premier temps à définir les finalités du projet de loi pour y
associer ensuite le contexte dans lequel il s’y inscrit.
« Au
moment où le débat parlementaire concernant le projet de loi Travail se tient à
l’Assemblée Nationale… »
Dès
la première phrase nous pouvons regretter le décalage entre la réception de ce
courrier et l’actualité. Ce Mardi 10 Mai 2016, le gouvernement a décidé d’imposer sa loi en utilisant le 49-3 avant
même tout débat parlementaire. Seul le travail en Commission des Affaires
Sociales a pu amender le projet de loi. Le Mouvement des Jeunes Socialistes de
Seine et Marne s’oppose à l’utilisation du 49-3. Nous rejoignons l’avis de
François Hollande de 2006 qui affirmait « Le
49-3 est une brutalité, un déni de démocratie ».
« Il s’agit d’un projet de loi où le dialogue social
est tenu au plus près de la vie des salariés […] Le principe est que s’il n’y a
pas d’accord, c’est le droit existant qui s’applique »
Le
projet prévoit en effet une inversion de
la hiérarchie des normes : les
accords d’entreprise primeront sur les accords de branche. Par ailleurs, avec
cette loi, un accord d’entreprise pourra être validé s’il est voté par les
syndicats représentant plus de 50% des salariés ou par les salariés eux-mêmes via
un référendum dans un délai d’un
mois après demande par les syndicats représentants entre 30 et 50% des
salariés.
L’objectif
porté par le gouvernement est ainsi de décentraliser les négociations au sein
même des entreprises. D’où un risque réel de chantage à l’emploi au plus près
des salariés et de dumping social du
fait d’une concurrence accrue entre les entreprises d’un même secteur.
« La seconde finalité de ce texte renvoie au souhait d’autonomisation
des travailleurs […] C’est tout le sens du Compte Personnel d’Activité »
Le CPA est une réelle avancée. Dorénavant,
les droits à la formation, aux congés payés… seront conservés lors d’un
changement de statut. Comme l’explique Mme la Sénatrice, il s’agit « d’une nouvelle norme sociale qui substitue une
logique individuelle à une logique statutaire ».
Le Mouvement des Jeunes Socialistes de Seine
et Marne soutient cette décision et souhaite un renforcement de ce dispositif avec l’ouverture à d’autres
droits.
« Le texte permet aux jeunes de disposer d’une Garantie
rémunérée […] et les dotes dès le départ d’un capital de formation »
Comme
expliqué dans un précédent communiqué, nous
soutenons le gouvernement qui, par ses nombreuses mesures, renforce la « Priorité
Jeunesse » mise en avant en 2012.
« Il existe des revendications concernant notamment les
modalités de l’annualisation du temps de travail et le périmètre d’appréciation
des licenciements économiques… »
Ce
texte de loi contient encore beaucoup trop de zones d’ombre : définition des licenciements économiques,
possibilité par accord d’entreprise de travailler
plus qu'actuellement (jusqu'à 46h sur 12 semaines) et gagner moins (via l’abaissement possible de la majoration des
heures supplémentaires à 10%).
« …Le débat parlementaire devrait y porter toute son
attention»
Dommage que
le gouvernement n’en pense pas autant !
« Si nous
voulons combattre efficacement le chômage, il nous faut prendre en
considération les évolutions du travail»
Nous
ne pensons pas que faire travailler plus ceux qui possèdent déjà un emploi
abaissera le chômage. La politique la plus créatrice d’emplois a été celle du partage du temps de travail
systématiquement discutée par la gauche au pouvoir. Par ailleurs, partout en
Europe, les évolutions du travail vont à contresens de l’évolution proposée par
la Loi. Prenons l’exemple de l’Allemagne. Les licenciements sont moins souples qu’en France et la question
du partage du temps de travail Outre-Rhin se pose de plus en plus.
Nous constatons
de ce communiqué que la finalité de ce texte n’est donc pas la création d’emplois.
Quel intérêt donc pour les salariés et pour la France de pouvoir travailler
plus et/ou gagner moins ? Le
Mouvement des Jeunes Socialistes de Seine et Marne ne demande pas le retrait de ce texte qui contient de réelles avancées : CPA, augmentation de 20% des heures de
délégation syndicale, droit à la déconnexion… Ces dispositifs doivent être
appliqués le plus rapidement possible, d’autant plus qu’ils sont déjà menacés par les candidats aux primaires à
Droite. Cependant, nous sommes profondément inquiets de la tournure des événements
récents. Le choix du gouvernement de refuser
le débat parlementaire et de faire passer en force cette loi qui doit
encore être amendée est un réel « déni
de démocratie » auquel nous nous opposons. Nous craignons que
la méfiance des français envers la
politique et la gronde sociale s’accentuent
dans les semaines à venir.

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